banner07

Sentenced to Life

SPECIAL COMMISSION FOR THE NFB

slpash-onf-logo02

Exposée en permanence dans le Hall Bruno-M-Cornier à l’Institut Philippe-Pinel de Montréal.

Exposition Spéciale:
Musée québécois de culture populaire, Trois-Rivière (novembre 2006-2007)

Geneviève Ruest                    Sentence Vie, 2002                 Transfert photo sur plexiglas, aluminium 4’X8’X3’
sv3
sentence vie sv1
sv2 sv4

“Sentence Vie” a été créée dans le contexte d’un documentaire du même nom par l’Office National du Film du Canada et réalisé par Marie Cadieux en 2003.

L’oeuvre traduit la détresse profonde d’une femme incarcérée aux prises avec le mal de vivre et des problèmes de santé mentale. Par un renversement de sens le titre de l’oeuvre souligne les tentatives désespérées de cette femme condamnée à rechercher le bonheur malgré tout.

La présence de “Sentence Vie” à l’Institut Philippe-Pinel de Montréal représente concrètement la détermination du personnel et de la Fondation Docteur Philippe-Pinel à tout mettre en place pour apaiser la souffrance des personnes les plus vulnérables et pour réduire la violence dans notre société.

Depuis, sa création, l’oeuvre est exposée en permanence dans le Hall Bruno-M-Cornier à l’Institut Philippe-Pinel de Montréal. Elle a été acquise par la Fondation Docteur Philippe-Pinel en décembre 2005.

Descriptionsentence1 de l’oeuvre
Sentence Vie, c’est le cri du cœur d’une femme déchirée, aux prises avec des troubles de personnalité limite. Elle s’offre à nous en espérant que la parole et l'image arriveront à traduire toute la complexité de son déchirement intérieur. Cette réalité est traduite d’une façon viscérale à partir d'images transparentes et gélatineuses, transformées en couches de peau, posées les unes sur les autres et dévoilant par des déchirures, toute la dimension du non-dit et l’urgence des cris jamais entendus.

 Tel un chirurgien qui, avec son scalpel, ouvre le corps pour en voir l'intérieur, la matière qui compose l’œuvre est manipulée pour libérer les éléments qui la composent. Des parcelles de sa vie, des graffiti signés de sa main, des parties de son corps font partie intégrante de cette réalité picturale, apportant ainsi à l'ensemble de l’œuvre une dimension plus que réelle.

Suspendue et retenue par des barres de métal dans le vide, comme une personne ayant perdue toute liberté, l’œuvre, en partie transparente, nous interpelle même dans notre propre intériorité et nous invite à entrer en contact avec celle de cette femme qui aurait pu nous dire: « Tout a coulé hors de moi. Un squelette peut-être… Vide, vidée, vie de rien... Je suis une peau, avec rien dessous, rien autour. » *  Mais pourtant, ne voyez-vous pas dans son regard, une étincelle... une intériorité riche, mais combien encore inconnue.

 * En référence au film Sentence Viealisé par Marie Cadieux, ONF, 2002.

Mot de la réalisatrice du film “Sentence Vie”
sentence2
« J’ai découvert le travail de cette jeune artiste fascinante en 2000, alors que j’organisais et coordonnais les jurys de sélection pour les lVes Jeux de la Francophonie.  La qualité de son dossier, son propos et son approche personnel ainsi que le rendu professionnel de son travail avait alors grandement impressionné le jury pan-canadien réuni pour l’occasion.  Bien que, dans les circonstances, je n’étais là que pour faciliter les discussions et coordonner le travail de sélection de l’ensemble de la délégation, je n’en avais pas moins des yeux pour voir une démarche originale et riche en signification.

Deux ans plus tard, alors que je préparais la scénarisation et le tournage de mon dernier long métrage documentaire Sentence Vie,  je cherchais une façon de rendre palpable l’intensité de la douleur et de l’agitation qui traversait littéralement le corps du personnage principal du film. Comment rendre des années en cellule d’isolement, des périodes de psychose et de profonde dépression, sans tomber dans le voyeurisme, la dramatisation à outrance d’une part, et le commentaire clinique détaché d’autre part? Le travail de Geneviève Ruest m’est revenu en mémoire : son approche à la fois «médical» et tendre … les textures et les densités des couches... Il m’a semblé que j’aurais là une complice de choix pour dire : «le désarroi d’une âme qui cherche constamment à s’échapper de son corps»

…Le pari a été tenu, et a dépassé mes espérances …Le résultat parle de lui-même. À la fois de souffrance, de repli sur soi, mais aussi de lumière et d’ouverture. Lors du vernissage, à l’Institut Philippe Pinel, le personnel psychiatrique nous a remercié de leur offrir un autre regard sur leurs patients. Dans le même ordre d’idée, les discussions qui suivent la projection du film sont fascinantes, et de nombreuses personnes expriment leur fascination pour le travail de Geneviève et le rôle que l’art contemporain peut jouer au niveau de nos perceptions individuelles. »

Marie Cadieux

Cinéaste et auteur.

Âme de l’oeuvre
sentence4
Lors des sessions de photographie, une fois les caméras arrêtées, lorsqu’elle m’a candidement  montré en toute intimité les coupures et les cicatrices sur ses bras en me disant:  «  regarde, c’est pas beau hein!? »  j’ai vite compris, qu’elle me faisait confiance. J’ai voulu alors transmettre ce lien en choisissant pour l’œuvre des couleurs douces, laissant la lumière traverser son être, tel un vitrail qui se laisse découvrir par les jeux de lumière. Cependant, j’ai décidé de ne pas utiliser les images de ses mutilations, mais plutôt de faire subir les mêmes mutilations à l’œuvre, en coupant au scalpel et déchirant la peau transparente et gélatineuse qui la représente. J’ai arraché des fragments d’image pour en dégager les couches les plus intimes de son être.

C’est graduellement, en s’approchant de l’œuvre que l’on entre en contact avec sa réalité. Comme une gifle en plein front, on lit ses graffitis, on voit les déchirures des peaux comme les déchirures de son âme, son déséquilibre, son impuissance, sa voix intérieure qui ne demande rien d’autre que de crier son existence! Elle crie à travers l’œuvre sa détresse pour mieux la comprendre, sa fragilité pour l’assumer et son besoin d’amour pour enfin le vivre… l’œuvre devient son monde intérieur qui éclate.

Réaction
sentence3
“Libre comme le vent, je passerai au travers vos barreaux d’espoir” (poète dont j’oublie le nom).

Geneviève,

 Je t’envoie ce petit mot en guise de reconnaissance. Reconnaissance. Oui, car je te suis, comme tous ceux qui étaient là ce soir-là, et sûrement comme l’était Diane, très reconnaissant d’avoir témoigné de la qualité de la lumière qui peut jaillir des endroits les plus assombris de l’âme.  Je dirai que grâce à ton œuvre, Diane est devenue plus qu’un être humain tapie dans l’ombre; tu as su nous faire voir le vitrail de son essence. Une essence qui transcende le temps et l’espace. Devant cette œuvre, je me sentais comme devant une lugubre cathédrale abandonnée par ses croyants mais percée par une lumière multicolore et pleine de la promesse qui vient d’un endroit sacré, sacré parce qu’invisible; une force qui convertit l’athée de la Vie en croyant de l’Amour, une lumière telle une épée qui transperce la morosité et le cynisme d’une vie qui pourrait, sans elle, être morne. À voir cette œuvre, à la vivre, on vit, on vit véritablement. Quel beau cadeau que tu nous as tous rendu!  Je crois que c’est ça un artiste : une personne douée du sacré nécessaire pour rendre visible et compréhensible, voire palpable ce qui ne peut être apprécié avec les yeux. Tu connais le discours qui parle des choses sans langage. Tu sais traduire leur message dans un langage qui nous précédait sans en changer un mot. Ainsi, en regardant l’œuvre que ton âme a faite, on ne peut que s’y retrouver, s’y reconnaître.  Ton œuvre ne devient plus ton œuvre, mais L’ŒUVRE; le sujet ne devient plus l’âme de Diane, mais L’ÂME, la seule et  unique que nous partageons tous.  Le contemplateur cesse d’être bassesse humaine et devient cathédrale. Une œuvre de vérité qui permet de se pardonne, de s’aimer tel que l’on est pour toute la beauté que l’on enferme dans sa propre sentence à vie…À regarder ton œuvre, on sent la cage du cœur s’ouvrir et on entend une joie d’oiseaux jusque-là inconnus et venus de pays dont on ne connaît que des photos, on entend une joie d’oiseaux s’envoler dans un ciel sans plafond. Quel beau feu de Bengale!

Merci Geneviève pour la beauté que tu rends à l’humanité. Merci pour la beauté que tu donnes au monde, juste un peu de lumière certes dans les ténèbres de ce monde, mais assez pour éclairer la lanterne de nos nuits.

Humblement,

Denis Mateo, écrivain

Sentenced to Life, National Film Board of Canada

Copyright © Geneviève Ruest 2006-2009. Tous droits réservés. All Rights Reserved.